ARTICLE EN COURS DE MISE AU POINT - RECTIFICATIFS ET COMPLEMENTS SONT LES BIENVENUS.

VERSION DU 23 MAI 2016 par Gilles de Chantérac  42

mobilisation 1914

Remerciements à Alain et Audouin pour leurs contributions, ainsi qu'à Jean-Luc Dron.

Contexte historique 

Plus de huit millions d'hommes ont été mobilisés en France pour la première guerre mondiale, soit plus de 40% de la population masculine tous âges confondus et plus de 60% de population masculine de travailleurs valides. C'est la porportion la plus élevée jamais relevée dans aucun pays.

En 1913, le service militaire avait été porté de deux à trois ans (de 21 à 23 ans), Il était ensuite suivi d'une affectation de onze ans à la réserve d'active (de 24 à 34 ans), puis de sept ans d'affectation territoriale (de 35 à 41 ans) et enfin encore sept ans à la réserve de l'armée territoriale (de 42 à 48 ans)

Au total 145 régiments territoriaux d’infanterie sont mis sur pied en France au début des hostilités. Ils étaient prévus pour assurer un service de garde et de police dans les gares, les villes, les frontières, sur les voies de communication, à l’occupation et à la défense des lieux sensibles. La 87ème division territoriale, par exemple, est concentrée près de Cherbourg, en protection côtière.

Par suite des circonstances, notamment dans le Nord-Est de la France, certaines divisions territoriales ont toutefois été engagées directement ou indirectement dans les combats.

L'ordre de mobilisation est donné le 1er aout 1914 par le « décret prescrivant la mobilisation des Armées de terre et de mer », publié au Journal officiel du lendemain. La première affiche est posée le 1er août à 16 h au coin de la place de la Concorde avec la rue Royale à Paris.

 

 

Les garçons Chantérac

En 1914, la génération des arrière-petits-enfants de Gabriel ne compte plus que deux garçons : François et Armand, qui ont tous les deux plus de 60 ans.

La génération suivante qui comporte 9 garçons nés entre 1872 (42 ans en 1914) et 1892 (22 ans) est entièrement dans la tranche d'âge mobilisée.

Les fils de François, Bertrand, 26 ans, Géraud, 23 ans et Alain, 22 ans, sont célibataires.

ca 1916 Bertrand ses parents Galhiane

 

 

Bertrand s’engage en France puis sur le front d’Orient où il participe à la bataille des Dardanelles, détroit reliant la mer Egée à la mer de Marmara où s’opposent les troupes  de la triple entente (France, Royaume Unie et Russie) et celles de la triple alliance (Empire ottoman, Bulgarie, empire allemand).

Après guerre, il présidera la fédération nationale des Poilus d’orient créée en 1921 et sera membre de l’office national des mutilés.

Il est fait officier de la Légion d’Honneur en 1933.

 

(Photo avec ses partents et sa soeur Galhiane)

 

 

 

 

 

 

Géraud est affecté au 128ème régiment d'infanterie. Il reçoit la croix de guerre avec trois citations :

1891 1944 Graud

le 16 novembre 1917 : "Bon soldat, intelligent et dévoué, blessé deux fois au cours de la campagne, s'est particulièrement distingué le 15 août 1916 dans la Somme où il a été blessé en assurant son servbice de guetteur sous un violent bombardement."

Le 22 mars 1918 : "Excellent agent de liaison, brave et dévoué. S'est particulièrement distingué au cours de l'action du 20 février 1918 en assurant la liaison avec son unité en terrain découvert sous un feu de lmitrailleuses."

Le 8 juin 1918 : "Agent de liaison, modèle de courage et de dévouement. Pendant la période du 17 au 21 mai 1918 a assuré la liaison avec sa compagnie sur un terrain très battu par l'artillerie."

C’est comme blessé de guerre qu’il fait la connaissance de Gisèle MITIS, qui est infirmière et qui deviendra sa femme. ( A confirmer)

Livre lire l'historique complet du128ème régiment d'infanterie.

 

 

 

Alain a été reçu en 1913 à Saint Cyr, promotion « la croix du drapeau ». L'école est fermée au début de la mobilisation. Par décret du 15 Août 1914, les élèves-officiers en fin de 1ère année sont nommés sous-lieutenants et reçoivent leur affectation pour prendre rang les 6 ou 7 août dans leurs régiments. Alain est affecté au 54ème RI, en garnison à Compiègne.

1917 Alain 1

En fait, le régiment a quitté Compiègne dès le 1er août 1914 pour faire partie de l’infanterie du 6ème  corps d'armée. Le lendemain, au cours du trajet en train vers Saint-Mihiel, dans la Meuse, les hommes apprennent que la mobilisation générale a été déclarée.

Le 54ème RI réalise des travaux défensifs pendant deux semaines.

Le 20 août, ordre est donné de lancer dans les Ardennes et le Luxembourg « une offensive violente et soudaine ». Le régiment combat devant Longwy du 22 au 25 août. Mais les 3ème  et 4ème armées doivent battre en retraite.

Le 1er septembre, les combats sont violents à Dannevoux, sur la Meuse. 9 officiers sont tués ou blessés. Alain est parmi les blessés. Il sera décoré de la Croix de Guerre avec cette citation :

 Jeune officier sorti de l'Ecole Militaire de Saint- Cyr en août 1914.

Officier d'élite d'une haute conscience et d'un dévouement remarquable.

Pendant les combats du mois d'août 1914, bien que le plus jeune des chefs de section de la compagnie, s'est montré le plus vaillant et le plus crâne sous le feu.

Le 1er septembre 1914, grièvement blessé au combat de Dannevoux (Meuse) en entraînant, sous un feu violent de fusils et de mitrailleuses, sa section déjà éprouvée par un bombardement d'artillerie de près de trois jours, le lieutenant de Chantérac a néanmoins, maintenu ses hommes en ligne et a continué à poursuivre de ses feux l'infanterie ennemie qui s'était repliée en désordre devant lui.

Laissé sur le terrain après la retraite des autres unités, cet officier a continué à soutenir le moral de ses hommes, malgré ses graves blessures.

Le lendemain, les brancardiers allemands, venant à sa hauteur pour relever les blessés, le lieutenant de Chantérac refusa de se laisser évacuer avant son capitaine tombé près de lui grièvement blessé.

Du fait de ce dévouement magnifique, ce jeune officier est resté pendant trois jours sans soins, sur un terrain violemment battu par les obus, dont plusieurs éclats l'atteignirent encore, causant de nouvelles blessures graves, qui le rendent infirme aujourd'hui.

Alain sera fait chevalier de la légion d’honneur à titre civil au titre de son engagement dans le syndicalisme agricole..

(photo 1917)

Leurs cousins germains, les deux fils de Jean, décédé en 1908, Henri, 27 ans et Charles, 25 ans, sont eux aussi célibataires. Leur frère aîné, Louis qui était officier de Marine, avait été emporté par la maladie en 1908 à Oran.

Henri avait fait son service militaire dans la cavalerie au 29ème Dragons en garnison à Provins. Mobilisé, il est incorporé dans un peloton d’élève-officier. Comme beaucoup d’autres, il est muté vers l’infanterie.

Henri ref4 1

Il sera décoré de la Croix de Guerre, avec deux citations.

Il termine la guerre avec le grade de lieutenant.

(Photo ci-contre avec sur la manche le galon de sous-lieutenant et trois chevrons témoignant de deux ans de présence au front).

Il fera à pied la route de Lourdes en 1919 en pèlerinage d’action de grâce pour avoir survécu et se mariera en 1920.

Il sera fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1951.

Henri est affecté au 262ème RI qui combat sur la Marne, sur la Somme. En 1918, le régiment est le seul affecté à l’appui des chars.

Il est notamment engagé dans l’Aisne. Parmi les lieux de combats de son régiment se trouve citée la ferme de Chavigny (combat du 5 juin 1918) où habitera 60 ans plus tard sa petite fille Ghislaine Gauthier.

 

Extraits de l’historique du 262° RI :

« Pour faciliter le passage des [chars dans les] zones bouleversées, on [leur] adjoignit des petits détachements de travailleurs d'élite, qui écrêtaient les parapets, comblaient les fossés, jalonnaient les pistes. […] Il fut décidé que [ces] troupes d'accompagnement seraient affectées en permanence à l'Artillerie Spéciale […] Mais les bataillons conservaient […]  leur organisation d'infanterie, en participant à la vie et aux actes des groupes de chars moyens Schneider et Saint-Chamond.

[…] [L’arme blindée n’existe pas encore : c’est l’artillerie  spéciale]

 

 

 

Une circulaire du 27 février 1918 précise la mission qui incombe aux troupes d'accompagnement :

1° Aider à la progression des chars dans nos lignes et dans les lignes adverses. Une compagnie par groupe d'Artillerie spéciale détachant une section à chaque batterie. La 4e section est réservée ;

2° Avant le combat, créer des pistes terminées à J — 1 ;

3° Au cours du combat :

a) groupe d'élite : Trois hommes par char. Armement : fusil et grenades. Ils dirigent le char, aident au dépannage. Pendant la lutte, ils surveillent le terrain au profit du char. Le char est leur bouclier.

b) section d'accompagnement : [Elle] progresse avec l'infanterie derrière les deuxièmes vagues d'assaut. Chaque fois qu'il est nécessaire de se porter auprès des chars elle le fait, prépare les cheminements de ces engins, puis attend les vagues. Et ainsi de suite.

La section est divisée en équipes de 6 hommes. La section d'accompagnement a un caporal et deux hommes de liaison.

Ordre de bataille du 1er BATAILLON.

ÉTAT-MAJOR. Commandant ANGÉLI. Lieutenant ROUSSILLAT Médecin auxiliaire PRADET.

1ère compagnie. Lieutenant BORDES. Lieutenant BOISSEAU. Sous-lieutenant de CHANTERAC.

2ème compagnie, [etc],  3ème  compagnie,  [etc]  4ème  compagnie, [etc]

Effectif total : 527.

[…]

Quand le 262ème envoie ses bataillons à l'Artillerie spéciale, en février 1918, cette arme comprend en chars vraiment utilisables : 245 Schneider (photo de G) et 222 Saint-Chamond (photo de D), [qui sont des canons automobiles sans tourelles.]

schneider   saint chamond

[…]

Les chars légers [Renault FT, premiers engins à tourelle],  entrent dans la bataille pour la première fois début juin 1918 pour contrer l’offensive de Ludendorff qui atteint Villers-Cotterêts.

renault FT 1

  renault FT 2 

 Livre lire l'historique complet du 262ème régiment d'infanterie.

 

 

Charles est officier, promotion Mauritanie, celle de De Gaulle, Juin, De Lattre de Tassigny, sortie en 1911. Il a été classé major de l’école d’Application de la Cavalerie à Saumur.

Bon Papa Charles de Chantrac 1b

Il va faire toute la guerre au 9° Cuirassiers, recevra la Croix de Guerre avec deux citations..

Il se marie en 1917, pendant la guerre.

Affecté en juillet 1915 au 9ème régiment de cuirassés, il y restera affecté jusqu’en 1921.

Principalement déployée sur le front occidental, la  participe aux opérations de l'été 1914, assurant surtout des missions de reconnaissance et de patrouille. A partir de l'automne 1914, la guerre des tranchées a pour conséquence de diminuer fortement le rôle de la cavalerie : une partie des régiments abandonne ses chevaux, forme des « divisions de cavalerie à pied » et participe aux combats en tant que fantassins. C’est le cas du 9ème régiment de cuirassé « démonté » en mai 1916 et comprend désormais trois compagnies d'auto-mitrailleuses.

Le dossier de Charles mentionne qu’il a pris part :

en 1914, à la bataille des frontières du 6 août au 5 septembre, à la bataille de la Marne, à la course à la mer, la bataille de Belgique, d’Artois, de Charleroy, de l’Ourcq :

en 1916, à la bataille de la somme d’août à novembre ;

en 1917 à la seconde bataille de l’Aisne ; En janvier et février, il suit les cours de commandant de compagnie et prend le commandeùment d'une compagnie d'automitrailleuses.

en 1918 pendant la campagne défensive à  la seconde bataille de Picardie, de bataille de Noyon, puis pendant la campagne offensive à la bataille de Champagne et d’Argonne du 26 septembre au 15octobre.

Livre lire l'historique complet du 9ème régiment de cuirassé où est mentionnée l’action de son groupe, qui lui vaudra d’être cité à l’ordre général N° 25 du 1er novembre 1918 de la 1ère division de cavalerie à pied, :

« Officier remarquable au front depuis le début de la campagne, a par son zèle infatigable rendu les plus grands services au régiment qu’il n’a jamais quitté. Vient de se signaler à nouveau comme capitaine commandant une batterie de mitrailleuses ; au cours des opérations du 26 septembre au 10 octobre notamment le 30 septembre en contribuant pour une large part à la prise de Binarville » (Binarville, dans la forêt d’Argonne, 51800)  

Il a en effet mis à profit les cours sur le tir indirect des mitrailleuses qui permettent à 3000m de tirer par dessus un repli du terrain et ses propres troupes                        

automitrailleuse renault 1915 binarville eglise 1918 

                      Automitrailleuse Renault 1915                                         L’église de Binarville au lendemain de la guerre

Promu capitaine à titre temporaire en avril 1918, et à titre définitif en mai 1919, Charles suit les cours d’Etat-Major d’octobre 1918 à   mars 1919, puis rejoint le « 9ème  Cuir » qui occupera la Rhénanie»  jusqu’en 1921.

Il recevra la Croix de Guerre avec étoile d’argent et sera nommé chevalier de la légion d’honneur en 1928.

 

 

A Marseille, Maxence, 27 ans, célibataire lui aussi, est ingénieur naval, poursuivant peut-être la tradition de son père, lieutenant de vaisseau, décédé 20 ans plus tôt, alors qu'il n'avait que 6 ans..

de chanterac maxence

 

Burdigala

Il est mobilisé d’abord dans les fusilliers marins où il reçoit la médaille militaire.

En 1916, il est affecté comme officier mécanicien sur le BURDIGALA, navire long de 177 mètres pour une largeur de 19 mètres, sorti en 1897 des chantiers de Dantzig, en Pologne, sous le nom de Kaiser Friedrich. Mis en service au sein de la compagnie allemande Norddeutscher Lloyd, Ce navire avait été rapidement désarmé en raison d'une consommation excessive de charbon. Racheté en 1912 par la compagnie bordelaise Sud-Atlantique, il avait été rebaptisé Burdigala, nom latin de Bordeaux. Désarmé fin 1913 toujours à cause de sa trop importante consommation, il est réquisitionné en 1915 et transformé en croiseur auxiliaire. Le paquebot reçoit plusieurs pièces d'artillerie et est utilisé comme transport de troupes entre les ports du sud-est de la France et la mer Egée.

Le 14 novembre 1916, rentrant après avoir déposé des troupes à Salonique, le navire est coulé par le sous-marin U 73 en mer Egée  au large de l'île de Kea, au sud d'Athènes. Seul l’équipage de 29 personnes est à bord.

Le rapport du commandant cite :

« Deux ou trois minutes peut-être après que nous fûmes touchés, le second-maître de timonerie de CHANTERAC prévenait que l’on apercevait un sillage par bâbord ; peu d’instants après, il signalait le périscope. Les ordres de feu furent aussitôt envoyés aux pièces qui commencèrent à tirer ; malheureusement l’ennemi ne sembla pas avoir été touché. Dès que le feu fut ouvert, le sous-marin plongea et son périscope disparut peu d’instants après avoir été aperçu. Le tir fut arrêté et la surveillance continua, mais on ne vit plus rien. »

Grâce à l’assistance immédiate d’un navire anglais venu se mettre très rapidement à proximité pour recueuillir l'équipage qui avait embarqé dans de canots, ce naufrage ne fit qu’une seule victime, un jeune mécanicien mort le lendemain des suites de ses brûlures par la vapeur. Le Budigala a pourtant sombré en 35 minutes. Son épave, identifiée en 2008, repose par 70 mètres de fond

Maxence sera cité à l’ordre de l’armée, recevra la médaille militaire et sera décoré de la légion d’honneur.

Il se mariera en 1923 et fera carrière à la Compagnie des Messageries Maritimes.

Après la guerre de 40, Maxence présidera l’association des Anciens Combattants de la Marine à Marseille. 

(A gauche, article paru dans l'Illustration le 20 octobre 1917.)

 

 

 

 

En Bretagne, leurs trois cousins, les fils d'Armand, Hugues, Henry et Jean, sont plus âgés et sont tous les trois mariés.

Hugues a 42 ans. 75% des effectifs de sa classe (1892) seront mobilisés. Compte tenu de leur âge, ils sont affectés aux régiments territoriaux

Il a 4 enfants ; il est de santé fragile Il sera exempté (à confirmer).

 

Ses deux plus jeunes frères appartiennent à des classes (1900 et 1905) qui sont affectées à la réserve de l’armée active.

 

Henry a 34 ans. Il a trois enfants dont deux jumelles, nées en avril. Il est mobilisé et, selon les souvenirs de sa fille Bénédicte, combat notamment à Verdun,dont il revient indemne. …. (à compléter)

Jean a 29 ans. Il  vient d’avoir un fils. (à compléter)

 

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