JEAN DE CHANTÉRAC

Fondateur des Missions de Périgueux

 

Contexte historique : la Réforme catholique

Suite au concile de Trente (1545-1563) commence dans l’Eglise catholique un mouvement de renouveau spirituel : la Réforme catholique. Mis en œuvre par de grands pasteurs dont les plus connus sont  Charles Borromée, Philippe Néri et François de Sales, le concile avait précisé des points de doctrine et rénové l'organisation du culte. Mais aussi, il avait aussi fixé de strictes règles de conduite au clergé et en particulier aux évêques, créé les grands séminaires pour améliorer la formation des prêtres et promu l'enseignement du catéchisme. Ce faisant, il avait apporté des réponses à beaucoup des questions soulevées par Luther et les autres fondateurs du protestantisme.

Le concile de Trente a façonné la vie de l’Eglise catholique pour 400 ans jusqu’au concile Vatican II.

Saint Vincent de Paul

 C’est à l’aube du XVIIe siècle, quarante ans après la clôture du concile, que la Réforme catholique démarre véritablement en France. Les ruines matérielles, morales et spirituelles, dues aux guerres de religion sont partout sensibles, surtout dans les campagnes où l’ignorance religieuse est immense.

Une armée de missionnaires « locaux » se lève et parcourt les campagnes et les villes, des hommes animés d’un grand zèle. Ils appartiennent à d’anciens ordres religieux, mais surtout à de nouvelles compagnies de prêtres séculiers, souvent diocésaines, fondées pour la mission.

L’une reste bien connue, celle des Lazaristes, fondée par saint Vincent de Paul (illustration), qui écrivait, le 1er juin 1657 :

"Nous sommes dans un temps où les ecclésiastiques se lient pour former de nouvelles communautés et s'appliquer à de bonnes oeuvres."

 

 

 Jean de la Cropte de Chantérac

Jean nait en 1605 de Charles de la Cropte de Chantérac, et d’Isabeau d'Auzaneau, mariés le 29 avril 1600. Il est le cadet de dix enfants. Son frère aîné, Louis-Joseph, marié en 1627, perpétuera le nom. Son frère François-Paul sera le père d’Uranie, née en 1656, qui épousera Louis-Thomas de Savoie. Trois de ses cinq sœurs entreront en religion. Son neveu et filleul Gabriel sera prêtre lui aussi et restera connu comme le secrétaire de Fénelon.

abbe Jean

Docteur en théologie, Jean est un temps prieur commandataire de St-Seurin de Pavaucelles, au diocèse de Périgueux, mais il est surtout archiprêtre de l'église St-Pierre-es-Liens de Chantérac, d'où le nom de "Monsieur de Saint-Pierre” qui lui était communément donné.

Chantérac est le siège d'un des 16 archiprêtrés du diocèse de Périgueux, comprenant une douzaine de paroisses alentour.

C’est à partir de 1646 que Jean projette de fonder, avec l’aide du chanoine Pierre Mèredieu, la « Congrégation de la Mission de Périgueux », avec la double tâche d’évangéliser le peuple et de rétablir la discipline ecclésiastique. Car l’un ne va pas sans l’autre !

Il laisse ainsi sa trace dans le mouvement de Réforme catholique.

L’évêque de Périgueux, Mgr Philibert de Brandon, un pasteur actif, lui confie l’encadrement du premier Grand Séminaire du diocèse fondé en 1650.

Jean se fait céder pour cela un ancien hôpital (l’hôpital de la Cueillie). Il y fait faire des travaux et des extensions. Il y installe la maison-mère de son œuvre, érigée par l’évêque en congrégation cléricale séculière le 29 avril 1651:

" […] nous avons reçu les très humbles supplications de nos très chers et bien aimés Jean de Lacropte, Pierre Mèredieu, […], prêtres, tendant à ce qu'il nous plût de les unir par l'érection d'une congrégation d'ecclésiastiques qui, vacant à leur perfection et s'appliquant à toutes les fonctions propres aux clercs, eussent pour fin particulière d'être dans notre seule dépendance et de nos successeurs évêques, de s'appliquer au service spirituel des ecclésiastiques, de travailler avec zèle au rétablissement de la religion et du respect envers Dieu et les choses saintes, de servir le prochain, principalement aux œuvres délaissées, par un soin spécial, de procurer l'instruction, le salut et la sainteté des pauvres, des enfants et du bas peuple, aux champs et à la ville, par catéchismes, missions, conférences, et autres fonctions du ministère. […]

"Nous […] érigeons, établissons et approuvons par ces présentes l'assemblée des susdits prêtres en corps d'Institut et congrégation perpétuelle d'ecclésiastiques qui nous seront entièrement soumis pour s'appliquer aux susdites fonctions.

Il fallait aussi l'approbation royale pour obtenir tous les effets civils et les privilèges accordés aux instituts ecclésiastiques. En mai 1651, Louis XIV qui n’a pas encore 13 ans et est encore pour quelques mois sous la régence de sa mère Anne d’Autriche, lui délivre les lettres patentes:

“Nos chers et bien aimés Jean de la Cropte, […], prêtres, nous ont très humblement fait remontrer que dès l'année mil six cent quarante-six, ledit de la Cropte ayant eu dessein de procurer l'établissement en notre ville de Périgueux d'une congrégation d'ecclésiastiques pour rechercher la perfection de cette vocation, et s'appliquer aux exercices convenables à leur profession, à l'édification et instruction du public particulièrement du menu peuple, des enfants et des pauvres, tant à la ville qu'aux champs, par catéchismes, missions, conférences et autres fonctions du ministère, […]

Nous avons par ces présentes, signées de notre main, permis, accordé et octroyé, permettons, accordons et octroyons l'érection et établissement de ladite congrégation d'ecclésiastiques en notre ville de Périgueux, […]

L’œuvre primordiale de la Mission était la restauration de la religion et des mœurs par des séjours d'un ou plusieurs missionnaires auprès de populations rurales particulièrement abandonnées au point de vue religieux, avec l’objectif de faire pratiquer des « exercices » qui rythmeraient ensuite leur vie quotidienne. Les missionnaires étaient financièrement pris en charge par les paroisses visitées, et celles-ci, aux ressources souvent modestes, étaient aidées par des fondations établies par de généreux donateurs.

Prédication et enseignement du catéchisme pour affermir la foi catholique, préparation aux sacrements, en particulier à la confession et à la communion, rappel des exigences morales chrétiennes constituaient l’essentiel de ces missions qui duraient en général trois ou quatre semaines.

Jean se donne entièrement à la fondation dont il est le supérieur : « Une fois qu’on s’est donné, il ne faut pas se reprendre ».

Sous sa signature de « prêtre missionnaire », il est un formateur d’âmes : celles des chrétiens dont il a pitié de la misère spirituelle ; celles de ses collaborateurs de la Mission ; celles des séminaristes du diocèse ; celles des Ursulines et des Visitandines de Périgueux, dont il est le confesseur et le directeur spirituel.

Il laisse le souvenir d’un prêtre aux exhortations vigoureuses contre les injustices et les cupidités en des termes qu’il serait facile d’adapter à l’époque actuelle :

"Mes très chers petits frères, et encore plus chers enfants, ne prenez pas conseil du monde, je vous prie, ne vous amusez pas à ses faux discours et à ses mortelles maximes… Hélas ! Qu’on souffre mille fois plus pour le monde et l'enfer au bout. En vérité, mes enfants, nous ne voyons que malheurs, que divisions, que querelles entre les pères et les enfants, les femmes et les maris, les frères et les parents, que pauvres veuves misérables, que pauvres mangés et persécutés par les riches, par les seigneurs, par la justice, par les sergents, les fusiliers, les tailles, les rentes, les commissions, les procès ; que faussetés, que fourbes, que meurtres et rapines entre les riches et les paysans, qui se mangent, se déchirent d'inimitiés immortelles, que blasphèmes, qu'impuretés, que larcins et tromperies en tous états de marchands, d'artisans, de paysans, de gens de justice, etc.

Il insiste aussi avec réalisme, sur la pureté, sur le devoir du bon exemple, sur la nécessité du renoncement, sur la pratique de l'indifférence chrétienne face aux aléas de la vie temporelle, sur le bon emploi de son temps.

Mais ses effusions du cœur dénotent une nature très sensible et son sentiment de paternité spirituelle l'égard des enfants qui sont confiés à la congrégation.

Un garçon l'ayant quitté pour rentrer dans sa famille, à Montignac, il entretient avec lui une correspondance suivie pour le maintenir dans le droit chemin. Il lui écrit :

"Mon très cher enfant, que je porte toujours dans le cœur. D'autre affaire, je ne me soucie guère, c'est mon petit N … que je désire, que j'aime, que je cherche ; c'est cette chère âme avec laquelle je veux avoir une amitié éternelle dans le ciel. Mais, mon fils, mon cher fils, pourquoi fuis-tu, dit-on, (ton) père ; pourquoi te caches-tu de lui ?

 

 

EGLISE CHANTERAC TABLEAU DU VOEU

 

 

 

On trouve encore dans l’église de Chantérac un tableau classé à l’inventaire des monuments historiques en 1983 qu’il avait offert en 1645.

Ce grand tableau (2m30 de hauteur) représente une Vierge à l’enfant, entre Saint Dominique et sainte Catherine de Sienne. La vierge tient de la main gauche l'Enfant Jésus debout à côté d'elle; de la main droite elle présente le rosaire au donateur qui est identifié par une inscription : "I.DE LA CROPTE DICAVIT STE JOANNI LIBERATORI SUO 1645".

Ce tableau est appelé le tableau du vœu car il fut offert à l'occasion de la création d’un pèlerinage annuel de la paroisse de Chantérac à Notre Dame de Sanhillac (à environ 25km) et dont la tradition était encore vivante tous les mois de mai à la fin de 19ème siècle. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est au cours d’une mission prêchée à Saint-Seurin-de-Prats, à quelque 60km de Chantérac, que Jean rend brutalement son âme à Dieu le 3 novembre 1665, à 4 heures du soir.

Il avait institué la Mission de Périgueux comme sa légataire universelle. La congrégation poursuivra son œuvre jusqu’à la dissolution des congrégations religieuses séculières par la loi du 18 août 1792.

par Gilles de Chantérac rameau42  et Odile Robert rameauAA   ;          Photo : Alain de Chantérac rameau32

Sources :

Livre « La Congrégation de la Mission de Périgueux ou Une Communauté diocésaine périgourdine au XVIIe et XVIIIe siècles 1646 – 1792 » , Étude documentaire de Félix CONTASSOT cm, 1959 »

Livre Bulletin de la société archéologique du Périgord 1973, p 15-29 : Le grand séminaire de périgueux avant la Révolution

 

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