Contexte historique : les guerres franco-espagnoles

(sources : plusieurs articles wikipedia)

1635-1659 La guerre d’Espagne

Sur fond de guerre de religion, la guerre de trente ans oppose déjà depuis 1618 les Habsbourg catholiques (Autriche et Espagne) à la Hollande et aux pays scandinaves à majorité protestante. Louis XIII et Richelieu, pourtant catholiques, soutiennent le parti protestant par volonté politique d'affaiblir les Habsbourg mais ne sont pas engagés dans le conflit.

En 1635, Richelieu engage la France dans le conflit contre l’Espagne. La guerre de trente ans se termine en 1648 par les traités de Westphalie qui établissent la base des états européens d’aujourd’hui.

Mais la guerre franco-espagnole se poursuit, avec plusieurs zones d’affrontement dont la Catalogne.
Richelieu est mort en 1642, Louis XII en 1643, c’est la fronde, qui se termine en 1653 par la soumission de Bordeaux. 
La guerre se termine en 1659 par le traité des Pyrénées qui consacre les Pyrénées comme frontière entre la France et l’Espagne et prévoit le mariage de Louis XIV avec l’infante d’Espagne, Marie Thérèse d’Autriche.

1667-1668 et 1672-1678 La guerre de la dévolution puis la guerre de Hollande.

Louis XIV a effectivement épousé Marie-Thérèse d’Autriche en 1660, et exerce le pouvoir depuis 1661. La dot que l’Espagne s’était engagée à verser pour que Marie-Thérèse renonce à la couronne d’Espagne n’ayant pas été versée, Louis XIV fait valoir des prétentions sur les Pays-Bas espagnols, et la guerre reprend.

Louis XIV signe la paix en 1668 à Aix-la-Chapelle, mais reprend les hostilités quatre ans plus tard. Le conflit se terminera seulement en 1678.

 

Jean de la Cropte, seigneur de Saint Abre

On suit ces événements à la trace avec cet extrait du Nobiliaire Universel de Saint Allais.

Lieutenant général des armées du Roi, Jean DE LA CROPTE, IIe du nom, chevalier, seigneur de Saint-Abre, eut une compagnie de chevau-légers, dans le régiment des Roches-Baritaut, depuis Châteaubriant, à sa formation, le 24 Janvier 1638 ;

[la guerre d'Espagne]  Il servit la même année, sous le duc de Longueville, à la prise de Blamont et de Lunéville ; sous le comte du Hallier, en 1639, à la défaite de douze cents Lorrains, près de Morhange ; à la prise du château de Moyen, en Bourgogne, sous le marquis de Tavanes, en 1640 ; en Catalogne, sous le comte de la Mothe-Houdancourt, en 1641, où les ennemis, qui marchaient au secours de Collioure, furent défaits; au secours de Lérida, de Flix de Mirabel, du cap de Quiers, en 1643 ; au combat du 15 mai 1644, où le comte de la Mothe fut battu.
Premier capitaine et major de son régiment, en 1645, il était de l’armée qui couvrait le siège de Roses, combattit à Liorens, où il fut blessé ; servit au siège de Balaguier, au siège de Lérida, en 1646 ; se distingua beaucoup à l'attaque d'un couvent qui couvrait le quartier du comte de Chabot, devant Lérida, où les ennemis s'étaient fortifiés (Gaz. De Fr. du 8 juin 1646); au second siège de cette place, au secours de Constantin en 1647; au combat sous Crémone, au siège de cette place, en 1648 et au siège de Tortose. On se tint, sur la défensive, en Italie, en 1649. 

Le fort de Salces, près de Perpignan

[Fin de la Fronde]  Passé en Guienne, en 1650, il était à la soumission de Bordeaux. Obtint le grade de maréchal de camp, par brevet du 14 août; leva un ré­giment de cavalerie, par commission du 24 septembre 1651; 

Il servait en Catalogne, lorsqu'on lui donna, sur la démission du sieur de Boissac, par provisions du 12 avril 1653, le gouvernement de Salces, qu'il conserva jusqu'à sa mort (Manusc. de le Tellier, tom. 19, pag. 170). 
[Le fort de Salces (photo], situé à une quinzaine de kilomètres de Perpignan, commandait le passage vers la Catalogne]

Créé lieutenant-général des armées du Roi, par pouvoir du 16 juin 1655. Employé à l'armée de Catalogne, il y servit jusqu'en 1658, et fut blessé au siège de Bergue, dans la même province. Le 13 mai 1657, il fit lever, aux Espagnols, le siège d'Urgel, qu'ils assiégeaient depuis dix jours, et commanda les troupes en Guienne, en 1658 et 1659.

[Traité des Pyrénées - 1659] Son régiment fut licencié en 1660.

[Guerre de Hollande] Employé à l'armée commandée par M. le prince de Condé, par lettres du 20 avril 1672; il était à la prise de Wesel, d'Emeric, au passage du Rhin ; emporta, le 3 juin, l'épée à la main, le fort de la Lippe, près de Wesel ; il joignit ensuite l'armée commandée par le maréchal de Turenne, sous lequel il marcha contre les Impériaux et les troupes de Brandebourg.

[…]. Il était, en 1673, à la prise d'Unna, de Camen, d'Aliéna, de Zoest, de Xoester, de Biele-feld. Continua de servir sous M. de Turenne, qui, d'un côté, força l'électeur de Brandebourg à renoncer à ses alliances, à conclure la paix; de l'autre, repoussa les Impériaux jusqu'en Bohême. Employé sous M. de Turenne, par lettres du 5 avril 1674, il combattit avec la plus grande valeur, à la bataille de Sintzeim, entre Heildelberg et Hailbron, le 16 juin de la même année ; eut la jambe cassée, dont il mourut quelques jours après, à la veille d'être élevé aux premiers honneurs de la guerre. Le comte de Rochefort, son fils aîné, fut tué à la même affaire.

 

 

De façon plus anecdotique, Saint-Allais poursuit : 

 

Voici comment la Gazette de France, du 26 juin 1674, en rendit compte :

« Voici d'autres braves, qui non-seulement se sont autant signalés, mais qui, moins heureux, ne sont sortis du combat qu'avec des blessures considérables, ou ont été tués. Les premiers sont […]; le sieur de Saint Abre, le père, à la valeur duquel on doit attribuer le passage si prompt de nos troupes au-delà du ruisseau qui a esté cause en partie du gain de la bataille, y eut la jambe cassée proche le genouil. […] Les tués, plus considérables, sont […] le sieur de Rochefort, fils aîné du sieur de Saint-Abre. » (Voyez aussi le Dépôt de la guerre, l'Hist. Milit. de Louis XIV, et les Mémoires du tems).

Il est fait mention en ces termes, de la mort de M. de Saint-Abre, dans l'Histoire du vicomte de Turenne, par M. de Ramsay (in-4°., Paris, 1735, tom. I, pag. 5o5). « M. de Turenne donna le commandement de l'aile droite au marquis de Saint-Abre, lieutenant-général[…]. »

(Ibid., pag 5o8). « La bataille, avec les actions qui la précédèrent, dura près de quatre heures ; les Français y perdirent Coulanges et Rochefort, deux mestres de camp, près de 180 officiers subalternes, et environ 1100 soldats : le marquis de Saint-Abre, le chevalier de Sillery et Beauvesé y furent blessés à mort, etc. »

De Saint-Abre fut l'un des meilleurs généraux des armées de Louis XIV. Elève du grand Condé, dont il suivit la fortune (Voyez les Mém. milit. du tems). Le maréchal de Turenne ne l'aimait pas, mais l'employait : il fut tué en commandant son avant-garde.

II [écrit] dans sa dernière lettre écrite à Louis XIV, et datée de Philisbourg, le 24 juin 1674. […]

« Sire, mon fils et moi perdons la vie dans le même combat : c'est finir dans les formes ; et je crois que V. M. sera contente de l’un et de l’autre. Ma mémoire attend de revoir les récompenses que ceux qui servent depuis moi ont déjà obtenues. J'ai toute ma vie vécu comme une personne de grand bien; mais cela n'a été qu'aux dépens de la bourse de mes amis. Il me reste six enfants, qui ont les mêmes sentiments que l'autre; j'espère que V. M. aura la bonté de ne les pas abandonner au méchant état de mes affaires. Je puis assurer V. M. que, jusqu'au dernier moment de ma vie, qui sera apparemment demain, je mourrai de Votre Majesté, le très-humble, etc. »

 

 

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